Un plan de sécurité renforcé pour éviter que la cathédrale de Sens ne parte en fumée à son tour en cas d’incendie

© SDIS 89

Depuis l’incendie de Notre-Dame de Paris, les pouvoirs publics s’affolent, prévoyant dans l’urgence, dès octobre 2019, un plan d’action « sécurité cathédrales ». A Sens, les acteurs de la culture et de la sécurité collaborent depuis plusieurs semaines afin que la cathédrale Saint-Etienne ne compte pas parmi les 25.000 interventions auxquelles sont confrontés les sapeurs-pompiers de l’Yonne chaque année. Un état des lieux a été réalisé au sein de l’édifice le 12 mars 2021 afin d’établir un plan d’intervention spécifique dit « ÉTARÉ » (ou Établissement Répertorié).

En France, la sécurité incendie des monuments historiques semble être une préoccupation des pouvoirs publics depuis longtemps. En 2008, la direction de l’Architecture et du Patrimoine du Ministère de la Culture avait établi un « règlement interne de la sécurité des cathédrales » afin d’aider au mieux l’Architecte des Bâtiments de France, conservateur du monument, dans la gestion de la sécurité en cas d’incendie. Pourtant, le système de sécurité de Notre-Dame de Paris et de nombreuses potentielles négligences continuent de faire polémique.

Quoi qu’il en soit, dès le mois d’octobre 2019, le Ministère de la Culture se dépêche de faire l’annonce d’un plan de mise en sécurité de 87 cathédrales dont l’Etat est propriétaire.

Sauvegarde des collections : le SDIS 89 et la DRAC collaborent étroitement pour la première fois

Le sapeurs-pompiers de l’Yonne sont déjà bien au fait de la nécessité de plans d’intervention au sein de sites à risques particuliers, par leur valeur patrimoniale et/ou en raison de difficultés opérationnelles. Le capitaine Emmanuel Dorémus, responsable du service prévisions planifications opérationnelles du SDIS 89, précise qu’en cas de sinistre, « une intervention dans un bâtiment historique de cet ordre sera compliqué pour les sapeurs-pompiers » notamment en raison de sa structure ancienne.

Première de sa lignée, la cathédrale de Sens est « un bâtiment qui a été construit avec les techniques, les méthodes et les règles d’un temps ancien qui ne répond évidemment pas à la règlementation du 21ème siècle des établissements recevant du public ». Ce monument d’environ 70 mètres de hauteur et de 113,5 mètres de long est élevé sur quatre niveaux, et présente « d’immenses volumes, notamment dans les combles, avec une charpente en bois qui a l’âge de l’édifice ».

Le plan ÉTARÉ a été rédigé il y a de nombreuses années et son actualisation est prévue tous les 3 ou 4 ans. La version sur laquelle travaille le SDIS 89 actuellement date de 2014. Cette fois, le document a été scindé en deux parties : le bâtiment lui-même et les collections. En cas d’incendie, ou déclenchement de l’alarme, le SDIS 89 dispose d’un document de quelques pages où figurent des schémas précisant les moyens d’accès, les points d’eau et le matériel à utiliser. Ils seront également à même d’organiser le sauvetage des œuvres par ordre de priorité grâce à tout premier partenariat avec la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) de Bourgogne Franche-Comté.

Par ailleurs, la protection de la cathédrale de Saint-Etienne devrait, d’ici quelques semaines, faire l’objet d’un plan d’intervention numérisé à 360 degrés, dans le cadre d’un projet national « Notre-Dame », porté la Fédération des Sapeurs-pompiers de France. L’opération serait sponsorisée par la Fondation Renault et recevrait l’aide technique de l’établissement Valabre basé à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône.

La DRAC se donne pour mission de rendre le système de sécurité incendie encore plus efficace

En plus de ce relevé en 3D, la DRAC fait réaliser un relevé de la cathédrale avec l’Architecte en chef des Monuments Historiques de manière à « avoir un support à jour de l’ensemble des niveaux » précise Jean-François Briand, Architecte des Bâtiments de France et conservateur de la cathédrale Saint-Etienne depuis avril 2020. Le plan ÉTARÉ permettra d’avoir un plan d’évacuation des œuvres.

Néanmoins, « on peut ne pas avoir le temps de déménager les œuvres les plus importantes » affirme le conservateur. Parmi elles, on compte bien sûr le Trésor de la Cathédrale, 2ème trésor de France, attenant à la cathédrale et visible via les Musées de Sens, dans l’aile de l’ancien archevêché. De plus, « suivant l’importance du sinistre, il vaut mieux protéger les vitrines plutôt que de tout déménager au risque d’abimer des œuvres ou des objets ». C’est pourquoi la DRAC réfléchit à la possibilité de les protéger sur place grâce à l’installation d’un système de rideaux coupe-feu qui s’abaisseraient automatiquement dès le déclenchement de l’alarme.

La cathédrale Saint-Etienne n’a jamais été modifiée au niveau de sa structure et possède toujours sa charpente d’origine, tout comme Notre-Dame. Mais un projet de compartimentage des combles est concrètement à l’étude et sera proposé par l’Architecte en chef des Monuments Historiques dans un futur très proche. L’ajout de parois coupe-feu permettra de ralentir la vitesse de propagation du feu d’un volume à un autre. Jean-François Briand pense que les travaux se dérouleront plutôt au cours de l’année 2022.

image_pdfTélécharger
%d blogueurs aiment cette page :