L’application StopCovid est-elle un projet fumeux ?

L’application mobile StopCovid, disponible depuis le 2 juin, est un projet porté par Cédric O, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes publics, chargé du Numérique.

Selon le décret du 29 mai 2020, elle promet, notamment, « d’informer les personnes utilisatrices de l’application qu’il existe un risque qu’elles aient été contaminées par le virus du covid-19 en raison du fait qu’elles se sont trouvées à proximité d’un autre utilisateur de cette application ayant été diagnostiqué positif à cette pathologie ».

Après moult rebondissements, Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’étaient finalement positionnés en faveur de ce dispositif. Mais pour quelle raison ? Si la motivation officielle reste la lutte contre le Covid-19, les tenants et les aboutissants de l’affaire restent assez flous.

Des journaux nationaux citent même les interviews et résultats d’investigations de leurs confrères pour donner un semblant d’information à leurs lecteurs, dont de drôles d’histoires de copinage dans les hautes sphères rapportées par Le Canard Enchaîné. On peut se demander, au final, si les enjeux ont un quelconque rapport avec la santé publique ?

En tout cas, l’application continue de faire des émules en raison des dérives qu’elle pour-rait engendrer à cause de sa capacité de traçage de la population. Même si la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), qui s’était prononcée en urgence sur le projet de décret le 25 mai, avait fait promettre au Gouvernement de la concevoir « de façon à protéger la vie privée des utilisateurs ».

Parmi les détracteurs de l’application, on compte également Antonio Casilli, sociologue, Paul-Olivier Dehaye, mathématicien, et Jean-Baptiste Soufron, avocat, qui ont qualifié l’application de « projet désastreux piloté par des apprentis sorciers » dans une tribune parue dans Le Monde le 25 avril 2020.

Malgré tout, la France est dans les clous tant qu’elle respecte les lois du droit européen. Le Rgpd et la directive e-privacy imposent déjà le consentement de l’utilisateur pour le traitement des données. Seul un projet de loi française bien ficelé pourrait permettre de rendre l’utilisation de StopCovid obligatoire.

De toutes façons, plus de la moitié de la population française serait déjà favorable à cet outil (55%). Dès son lancement, 600.000 personnes l’auraient activé d’après une déclaration de Cédric O sur Twitter dès le lendemain. Le secrétaire d’Etat y déclarait fièrement que « les travaux des épidémiologistes montrent que, dès les premiers téléchargements, l’application est utile dans la lutte contre » le virus même si on ne sait pas vraiment dans quelle mesure.

En tout cas, l’extrême rapidité de ces retombées semble tenir du miracle si l’on prend en compte l’échec cuisant que Singapour a dû essuyer en optant pour cette solution. En effet, l’application n’est pas parvenue à contenir le virus. La cité-Etat songe même à distribuer des bracelets connectés à toute la population. Une mesure déjà mise en place à Hong Kong et en test en Corée du Sud et au Liechtenstein.

En France, peut-on envisager une telle option en cas d’échec de ce « confinement numérique » par lequel chaque citoyen est assigné à son smartphone lorsqu’il l’accepte ? En tout cas, le Gouvernement planche déjà sur des solutions alternatives pour les personnes n’ayant pas de mobile ou en possession d’un mobile inadapté. Le bracelet connecté n’est pas exclu.

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