Sens : Manifestation pour la lutte contre le racisme et pour la défense des droits des migrants

Le Collectif sénonais de soutien aux migrants et la Ligue des Droits de l’Homme, section Yonne-Nord, organisaient un rassemblement samedi dernier dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre le racisme et de la Journée contre les violences policières.

Les membres du Collectif sénonais de soutien aux migrants et la Ligue des Droits de l’Homme, section Yonne-Nord, avaient investi une petite parcelle de la place Jean Jaurès ce samedi 20 mars. Transcrits sur des affichettes et épinglés à une cordelette, des messages volaient au vent ce jour-là. Les manifestants s’étaient rassemblés en douceur et en musique afin de défendre les droits des immigrés et dénoncer des abus.

Toute l’année, le collectif accompagne une quinzaine d’immigrés demandeurs d’asile y compris dans leurs démarches sociales, de recherche d’emploi, de logement ou liées à la santé ; des procédures rendues encore plus complexes en raison de leur dématérialisation due au contexte sanitaire. « C’est un parcours du combattant » lance Camille, organisatrice de l’événement.

De nombreux immigrés sont également menacés d’expulsion alors que beaucoup d’entre eux sont parfaitement intégrés, ont un travail et ne demandent qu’à être régularisés. C’est le cas de Pap N’diaye, pêcheur aguerri riche de 22 ans d’expérience. La page Facebook Patrons solidaires regorge d’ailleurs de témoignages de ce genre.

D’autres subissent des violences policières surtout à la frontière italienne, en région parisienne et à Calais « où la situation est quand même toujours très tendue » selon Camille. Dans ces camps de fortune, les réfugiés reçoivent un traitement d’une rare inhumanité. Déjà condamnés à « dormir dehors » alors qu’« il fait -2°c », ces personnes sont éjectées par la force. Leurs tentes sont lacérées et leurs effets personnels parfois confisqués. Erwan dénonce un démantèlement de camps tous les deux jours, soit 800 au total.

« De toutes façons, les gens vont venir. Quelqu’un qui n’a pas à manger, qui ne peut pas nourrir ses enfants, qui vit sous les bombes… les gens partent, et c’est normal. Nous aussi on partirait. On ne peut qu’accueillir. La question c’est : comment on accueille ? Est-ce qu’on fait tout pour leur rendre le parcours le plus difficile possible ou est-ce qu’on se pose pour réfléchir à une manière d’accueillir ces personnes dignement ? »

Pire, la goutte d’eau qui fait déborder le vase : la protection de l’enfance semble souvent méprisée par le pays des Droits de l’Homme.

Carton rouge pour la France en termes d’accueil des mineurs

L’accueil des migrants de moins de 18 ans : c’est dans ce domaine que la France excelle le plus visiblement. La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a déjà condamné la France à cinq reprises. Notamment en 2012, une famille avait été enfermée 15 jours dans le centre de Rouen avec un enfant et un bébé. Et en 2016, un mineur de nationalité afghane avait saisi l’autorité après le démantèlement de la zone Sud de la « Lande » de Calais.

En mars 2020, l’institution avait également dû ordonner à la France de prendre en charge un jeune guinéen auquel le département de la Haute-Vienne avait refusé le statut de mineur et remis à la rue. Selon Human Rights Watch, beaucoup d’enfants sont abandonnés par les autorités de protection de l’enfance, même en pleine crise sanitaire, notamment à Gap, dans les Hautes-Alpes, et à Marseille, et « se retrouvent forcés de vivre dans des lieux insalubres et parfois surpeuplés ».

En novembre 2020, le gouvernement s’est également fait épinglé par la Cour des Comptes sur la prise en charge des mineurs isolés étrangers (MIE). En effet, l’autorité « dresse un panorama critique de leur prise en charge, éloignée des objectifs attachés à la protection des enfants ». Les départements doivent normalement mettre à l’abri tous les jeunes se déclarant comme mineurs isolés. Mais depuis 2016, certains départements les placent dans des hôtels bon marché, faute de place dans les foyers, voire n’effectuent carrément plus cette mise à l’abri.

Autre cas de figure : un grand nombre de jeunes comme Soruba en bac pro à Poitiers ou Grace Stevy en master de droit à La Rochelle sont invités à quitter le territoire français alors qu’ils sont en formation, et bien souvent dans des secteurs en tension. « Former un jeune pendant des années, le scolariser en France pour lui dire de partir à ses 18 ans, ça n’a aucun sens ! » affirme Camille pour conclure.

image_pdfTélécharger
%d blogueurs aiment cette page :