Pourquoi le vendredi 13 est-il maudit à Sens ?

Pour certains le vendredi 13 est jour de malheur, pour d’autre il est jour de chance. D’autres encore en ont peur au point que leur phobie porte un nom : la paraskevidéakatriaphobie, du grec paraskevi qui signifie « vendredi » et decatreis pour le chiffre « 13 ». A Sens, cette date est devenue maudite il y a 713 ans, jour pour jour (ou sacrée c’est selon).

L’histoire remonte au 14ème siècle, alors que l’ère des croisades était sur le point de prendre fin. L’ordre du Temple, né en Terre Sainte en 1119, entretenait des relations privilégiées avec le pape Clément V et avaient accumulé énormément de richesses et de terres par des dons. Il attisait ainsi la jalousie des seigneurs féodaux et la convoitise des souverains. Le roi de France Philippe Le Bel, petit-fils de Saint-Louis, ne tarda pas à les considérer comme une menace.

« Au matin du vendredi 13 octobre 1307, les Templiers, surpris, naïfs et de bonne foi, se laissèrent emmener en se demandant ce qui leur arrivait dans les prisons de Sens ou d’ailleurs »

Gérard DAGUIN, historien local

Tous les Templiers furent arrêtés dans leurs commanderies et leurs biens furent saisis. Selon la rumeur, ils auraient été coupables de diverses perversions (apostasie, rites obscènes, etc.). Les prisonniers furent longuement interrogés et leurs aveux furent obtenus sous la torture. Certains y laissèrent même la vie.

Puis en 1308, Philippe Le Bel convoqua les Etats Généraux à Tours, qui se réunirent entre le 5 et le 15 mai et approuvèrent la condamnation de l’ordre du Temple. Selon Gérard DAGUIN, les députés de la ville de Sens « se montrèrent violemment hostiles aux Templiers ».

Contraint de prendre part au procès des Templiers, le pape finit par instituer des commissions ecclésiastiques dans chaque diocèse. La première commission pontificale, qui devait se prononcer sur la culpabilité du Temple, débuta le 8 août 1309. Une procédure distincte était prévue à l’encontre des personnes.

« Il semble qu’un pacte tacite ait conduit les évêques à ne porter les enquêtes contre les personnes devant le concile de la province chargé de prononcer le jugement qu’une fois la procédure contre l’ordre terminée. Cela se fit quasiment partout, sauf dans les provinces de Sens, Reims et Rouen, en France, où les jugements contre les personnes furent prononcés en mai 1310, alors que la procédure contre l’ordre ne faisait que commencer.« 

Alain Demurger, historien médiéviste

Impatient d’en finir et souhaitant rapidement « briser la résistance des Templiers rassemblés à Paris », selon les termes du spécialiste du moyennage, le roi de France fit nommer Philippe de Marigny, qui lui était totalement fidèle, à l’archevêché de Sens.

Ce dernier organisa un concile le 11 mai 1310 à Paris et fit condamner à mort les Templiers du diocèse de Paris, qui dépendait de l’archevêché de Sens à l’époque. Ils furent considérés comme « relaps ». C’est-à-dire qu’ils étaient revenus sur les aveux obtenus auparavant sous la torture et avaient décidé de défendre le Temple. Le lendemain, 54 Templiers furent envoyés sur le bûcher et brûlés vifs.

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