Manifestation à Sens : la loi de Sécurité Globale doit disparaitre

Plus de 50.000 personnes se sont mobilisées un peu partout en France ce samedi 5 décembre 2020 afin d’exiger le retrait de la loi de Sécurité Globale. A Sens près de 300 manifestants se sont rassemblés devant la sous-préfecture, point de départ de la manifestation.

Initiée par Jérôme Thiriet (France Insoumise), Erwan Ménard (collectif sénonais de soutien aux migrants) et Alain Job (Parti Communiste) la manifestation prenait son départ devant la sous-préfecture et s’est déplacée en direction de la place du marché des Champs-Plaisants, en passant par la mairie.

Citoyens, syndicats et gilets jaunes ont arpenté les rues de la ville pour dénoncer la très controversée loi de Sécurité Globale dont ils demandent le retrait pur et simple. Qualifié de liberticide, le projet de loi avait été présenté une première fois en janvier par les députés LREM puis en urgence le 20 octobre 2020.

« On va vers une techno-police généralisée, sans ciblage. On va arriver bientôt à une surveillance à la chinoise »

Jérôme Thiriet (France Insoumise)

Le « tout sécuritaire » est une politique largement contestée puisqu’en clair, elle demande aux citoyens d’une démocratie d’accepter une surveillance accrue permanente.

Outre l’utilisation des caméras fixes (au nombre de 78 à Sens), le texte prévoit d’autoriser l’exploitation des images captées via les caméras mobiles des forces de l’ordre en temps réel, ainsi qu’une généralisation de la surveillance par drones. Les images captées par ces aéronefs seraient conservées pour une durée de 30 jours, sauf en cas de procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire.

En mai, le Conseil d’Etat s’était opposé à l’utilisation de drones dans le cadre d’une surveillance du respect des règles sanitaires, à la demande de La Quadrature du Net et de la Ligue des droits de l’homme. Malgré tout, la Préfecture de Police de Paris passe outre cette interdiction et continue d’en user pendant les manifestations. Et pour cause, l’absence de cadre juridique dans l’utilisation de ces dispositifs reste profitable aux autorités.

Saisi par le Premier ministre, le Conseil d’Etat reconnait dans un avis d’octobre 2020 que ce vide juridique peut poser problème, notamment en matière de droit au respect de la vie privée. Il invite donc le gouvernement à apporter toutes les garanties nécessaires à son application.

« Il faut arrêter de remplacer les gens sur le terrain par des caméras »

JÉRÔME THIRIET (France Insoumise)

La technologie peut-elle pallier le manque d’effectifs dans la Police et l’insuffisance de formation ?

Pour Jérôme Thiriet, il faut cesser d’utiliser des caméras dont l’efficacité n’est pas avérée. Selon le sociologue Laurent Mucchielli, « la vidéosurveillance n’est pas fondamentalement une technique de lutte contre la délinquance ». C’est en tout cas ce que démontrent son étude et toutes celles réalisées par les chercheurs du Royaume-Uni.

La France Insoumise souhaite qu’il y ait avant tout une police de proximité et surtout formée correctement. Car c’est là que le bât blesse semble-t-il. En janvier 2020, Driss Aït Youssef, membre du groupe d’experts missionné par le ministère de l’Intérieur chargé d’une réflexion sur le maintien de l’ordre, confiait au journal Le Point que « les policiers sont moins formés et moins encadrés qu’avant ». Il précisait qu’il doivent suivre une formation de 9 mois au lieu de 18. Trois mois suffisent pour devenir adjoint de sécurité selon le journaliste Valentin Gendrot, dont seulement 3 heures dédiées aux violences conjugales en fin de parcours.

Ce dernier, qui avait infiltré la police française pendant deux ans, rapporte son expérience dans son livre Flic, paru en septembre 2020. Hormis un vrai mal-être des policiers qui aboutit trop souvent à des suicides, le manque de moyens et les violences policières, il dénonce un certain laxisme dans la sélection des candidats. Sans doute en raison des plans de recrutement massif menés depuis 2015. Il dit avoir cohabité avec un individu possédant un casier judiciaire et même un proche de groupes néo-nazis.

« La liberté de la presse et le pluralisme dans notre pays sont malmenés »

Eric Bizot, amis de l’Humanité de l’Yonne

Les articles de la loi de Sécurité Globale font effectivement écho à de nombreuses autres lois déjà en vigueur, notamment sur la protection de l’identité des forces de l’ordre. Le droit français possède déjà un arsenal de textes permettant de punir les auteurs de dérives telles que le harcèlement. La loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse prévoit même une amende de 15.000 euros en cas de divulgation de l’identité des fonctionnaires de la police nationale.

Mais le gouvernement a cru bon d’imposer une interdiction formelle de diffuser des images des forces de l’ordre en mission via ledit fumeux article 24. Une volonté politique qui s’esquissait déjà l’année dernière puisque plusieurs amendements avaient été déposés, dont celui du sénateur LR Jean-Pierre Grand, afin d’interdire la diffusion de leur image sans leur consentement.

Cet article a provoqué la colère des médias, dont l’indépendance est déjà menacée par « la concentration des médias dans les mains de grands groupes financiers et un appauvrissement assez pitoyable des points de vue entendus à la radio ou à la télé » selon Eric Bizot (Amis de l’Humanité de l’Yonne). De plus, l’ajout, dans la version remaniée de la loi, de la mention « sans préjudice du droit d’informer » ne garantirait pas nécessairement une liberté d’informer.

Le texte inclut également les policiers municipaux et précise que l’intention de nuire doit être « manifeste ». Pour les syndicats, le flou persiste car encore faut-il réussir à interpréter l’intention malveillante.

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