Le jour où Rosa Parks a refusé de se soumettre

Il y a 65 ans naissait un symbole de la lutte des Noirs américains contre la ségrégation. Comme Martin Luther King, Rosa Parks fut une figure forte d’un combat de tous les instants dans un contexte particulièrement violent où sévissait le Ku Klux Klan, société secrète prônant la suprématie blanche.

Rosa parks, dont le nom fut donné en 2012 au rond-point sénonais desservant notamment la zone Auchan et la route d’Auxerre, est la descendante d’une longue lignées de d’Africains arrachés à leurs terres durant des siècles pour être réduits en esclavage. L’abolition de la traite des Noirs, en 1865 aux Etats-Unis et en 1848 en France, fut une longue et difficile entreprise tant elle avait de réfractaires.

L’abolition de l’esclavage marque un tournant dans l’histoire des Noirs. Mais cette liberté acquise était toute relative puisqu’en France, beaucoup d’anciens esclaves furent arrêtés et emprisonnés pour vagabondage selon Imaniyé Dalila Daniel, artiste et journaliste martiniquaise, auteure du roman Zaïre & Théophile, Pas de pitié pour les nègres !. Après la guerre de Sécession, une politique ségrégationnisme s’est progressivement installée dans le droit américain bafouant ainsi la promesse d’égalité entre les Hommes sans distinction de couleur de peau.

« J’ai juste senti que c’était la chose juste qu’il fallait faire »

Rosa Parks

Le 1er décembre 1955, aux alentours de 18h, Rosa Parks, couturière de 42 ans à Montgomery Fair, monte dans le bus n° 2857 de Cleveland Avenue après une journée de travail. Le bus est conduit par James F. Blake, chauffeur qui l’avait éjecté 12 ans auparavant car elle avait embarqué par la porte avant du véhicule. Elle s’assied sur un siège au milieu du bus, derrière le compartiment réservé aux Blancs. Des Blancs montent dans le bus aux arrêts suivants. A la demande du chauffeur, et après hésitation, les Noirs cèdent leur place. Mais pas Rosa Parks.

Elle précise d’ailleurs à ce propos qu’elle n’avait pas prémédité cet acte de défiance, qu’elle n’en aurait pas trouvé le courage si elle avait pensé aux conséquences. Mais Rosa Parks est une militante dans l’âme. Elle tient tête au chauffeur.

Le Musée Henry Ford présente le bus dans lequel Rosa Parks, la légende américaine des droits civiques, a été arrêtée, le 1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama) • Crédits : JEFF KOWALSKY – AFP

Le chauffeur de bus appelle la police et lorsque deux policiers montent à bord, « l’un d’eux me demanda pourquoi je ne voulais pas me lever. Je lui répondis : « Pourquoi est-ce que vous nous malmenez autant? » Je me souviens très précisément de sa réponse : « Je ne sais pas… mais la loi est la loi et tu es en état d’arrestation. » » écrit Rosa Parks dans son autobiographie Rosa Parks : My story, parue en 1999.

Arrêtée et jugée coupable de désordre public et de violation des lois locales, Rosa Parks est emprisonnée et condamnée à payer une amende de 15 dollars.

Mais la militante a de la ressource. Elle contacte Edgar Nixon, avocat et membre de la section de Montgomery de la NAACP (Association Nationale de Défense des Gens de Couleur). Lui-même s’adresse à un avocat blanc, Clifford Durr, qui accepte de la représenter et de contester les lois sur la ségrégation. Ils obtiennent gain de cause et la font libérer.

« S’il y avait bien une chose qui me fatiguait, c’était de courber l’échine »

Rosa Parks : My story

Beaucoup ont écrit que Rosa Parks avait finalement pris ce bus, alors qu’elle évitait soigneusement ce chauffeur depuis des années, parce qu’elle était fatiguée ce jour-là. Chose qu’elle dément formellement. D’autres affirment aussi que cette femme est devenue une icône de la lutte contre la ségrégation des Noirs un peu par hasard. Or Rosa Parks était déjà une militante impliquée dans la défense des droits civiques des Noirs aux côtés de son époux Raymond.

Lorsque Rosa rencontre Raymond Parks, ce dernier fait partie de la NAACP depuis longtemps. Il l’encourage à obtenir son diplôme de fin d’études, obtenu par une minorité de Noirs à l’époque (7% en 1940). Mais il ne souhaite pas que Rosa, alors âgée d’une vingtaine d’années, participe aux réunions clandestines de l’association, car trop dangereux selon lui. Rosa Parks se sent néanmoins concernée par la cause défendue par la NAACP et s’y implique quelques années plus tard, notamment dans l’organisation de la Voter’s League (Ligue des électeurs).

La militante parvient à s’inscrire sur les listes électorales en 1945, après deux rejets de l’administration. A la 3ème fois, elle avait même pris soin de recopier toutes ses réponses, aux 21 questions du test, à défaut d’une imprimante qui n’existait pas à l’époque, afin de « m’en servir comme élément à charge pour pouvoir attaquer le bureau des inscriptions si on me refusait encore ma carte d’électeur » explique-t-elle.

« Nous, citoyens Noirs de Montgomery, sommes engagés dans une manifestation non violente contre les injustices et les indignités expérimentées dans les bus de la ville »

Martin Luther king

Le célèbre « non » de Rosa Parks fut le point de départ d’un mouvement de révolte d’envergure des afro-américains contre les injustices dont ils étaient victimes. Son emprisonnement avait aussi ravivé leur colère, provoquée quelques mois plus tôt par la mort d’Emett Till, jeune homme de 14 ans torturé par un groupe d’hommes blancs.

Dès le 5 décembre, Martin Luther King, leader de la lutte évangélique non-violente contre la ségrégation raciale aux États-Unis âgé de 26 ans, lance un appel au boycott des bus de la ville de Montgomery, qui triompha au terme de 382 jours. Pendant plus d’un an, des milliers de personnes, soit plus de 75% de la clientèle de la compagnie de bus, allèrent au travail à pied, partagèrent des voitures ou prirent des taxis, et amenèrent la société au bord de la faillite.

Le 13 novembre 1956, la Cour Suprême des Etats-Unis soutint le mouvement qui réclamait la fin de la ségrégation raciale dans les bus municipaux. Déjà en 1954, l’institution avait décrété inconstitutionnelle la ségrégation dans les écoles publiques.

La nouvelle parvint en Alabama le 20 novembre 1956. Le boycott cessa le lendemain.

image_pdfTélécharger
%d blogueurs aiment cette page :