L’agriculture du bassin-versant de la Vanne dans tous ses états

Jean-Michel Besancenot présente toutes les richesses de l’agriculture du bassin-versant de la Vanne, à cheval entre l’Yonne et l’Aube, dans le bulletin n°20 de l’APVV paru en novembre 2020.

C’est une première pour l’association APVV (Amis du Patrimoine de la Vallée de la Vanne) qui accueille au sein de son dernier bulletin Jean-Michel Besancenot. L’éminent membre de l’Académie de l’agriculture de France présente son domaine de prédilection sous bien des aspects. Il retrace, dans un article de plus de 20 pages, l’évolution du secteur agricole du bassin-versant de la Vanne à travers le temps.

Le bassin-versant, grand producteur de céréales et d’oléagineux

D’après Jean-Michel Besancenot, l’élevage a quelque peu quitté le paysage agricole nord icaunais, notamment l’élevage laitier. Ce n’est pas le cas de la culture céréalière qui domine, au contraire, le bassin-versant de la Vallée de la Vanne.

Le spécialiste s’est penché sur l’ensemble des productions des 81 communes de ce territoire. Il a particulièrement travaillé avec des coopératives historiques comme celles des silos de Sens, qui appartiennent à Ynovæ ou encore de Villeneuve l’Archevêque.

Communes du bassin-versant de la Vanne

On apprend également que les céréales (blé, orge, colza, maïs…) nord icaunaises figurent parmi les plantes implantées au Néolithique, il y a environ 7.000 ans. Qu’elles représentent aujourd’hui 60% des terres cultivées, dont 55% de blé et 23% de colza et de tournesol.

D’ailleurs ces deux dernières s’affrontent malgré elles au gré des besoins des agriculteurs en matière de rendement. En 2016, le département de l’Yonne troque sa 1ère place contre la 4ème en termes de production de colza, culture « qui connaît des déboires sur les plans climatiques et parasitaires » et délaissée au profit du tournesol.

Une production céréalière supérieure aux besoins de la population

Les 155.490 hectares de terres cultivées dans le bassin-versant, dont 46% dans l’Yonne, « produisent une quantité de matières alimentaires qui sont nettement excédentaires par rapport aux besoins d’une population qui n’atteint pas 70.000 habitants ».

De fait, céréales et oléagineux (81% de la surface agricole du bassin) et protéagineux (pois et féveroles) « sont commercialisés par de grands groupes coopératifs bien installés sur le bassin (Axéreal, Inovae, Vivescia) et privés (Soufflet) qui interviennent dans la meunerie, la malterie, la biscuiterie, la trituration des oléagineux ».

Le cidre et la bière : stars du bassin-versant de la Vanne

La foire de Sens offre une vue imprenable sur les vins issus des grands vignobles icaunais. Mais les vraies stars du bassin-versant de la Vallée de la Vanne, côté Yonne, sont bel et bien le cidre et la bière. En témoignent les brasseries artisanales (Larché à Sens, Popihn à Vaumort, Monclem à Malay-le-Grand, etc.) qui enrichissent le territoire depuis plusieurs décennies pour certaines et les producteurs de cidre Louisette et Serge Frottier.

« Le Sénonais était couvert de pommiers aussi il y a 70 ans. Tout ça a disparu avec le remembrement et la modernisation. Mais le Pays d’Othe est resté, de par sa tradition et aussi la renommée de son cidre ».

Louisette Frottier, productrice de cidre à Vaudeurs (Pays d’Othe)
Pierre-Axel Picouet prend la relève de son grand-père Jean-Pierre Picouet à Gron (Sénonais)

Dans le Pays d’Othe, le cidre (plutôt bouché de tradition fermière, fruité et acidulé) est une tradition locale depuis le 15ème siècle. Une production favorisée ensuite par la disparition des vignes en raison des ravages du phylloxéra au 19ème siècle. En 1911, le Pays d’Othe produisait 33.000 tonnes de pommes, soit 4% de la production totale française, et fabriquait plus de 100.000 hectolitres de cidre par an.

L’expert en agriculture explique qu’« après la Seconde Guerre mondiale on note un recul de l’intérêt économique de la production de cidre, le manque de main-d’œuvre, la mécanisation de l’agriculture, les remembrements successifs, la régression des prairies, les primes à l’arrachage, la fin du « privilège » des bouilleurs de cru… et l’attrait peut-être pour d’autres boissons, contribuent à l’élimination des pommiers et des poiriers en plaine ». La production fut relancée en 1990 par le Syndicat des producteurs de cidre du Pays d’Othe de l’Yonne, présidé par Louisette Frottier.

L’arrivée de nombreux cultivateurs hollandais change la donne

Le paysage agricole actuel du bassin-versant de la Vanne résulte de nombreuses mutations dues aux progrès techniques et technologiques. Mais il est également le fruit de l’importation de nouvelles méthodes par les Hollandais dès les années 20 qui « ont fait école » selon Jean-Michel Besancenot (cultures sous serres).

A cette époque, des familles nombreuses fuient les Pays-Bas dont certaines régions arrivent à saturation, et sont accueillies à bras ouverts par la France, surtout dans l’Yonne, où sévit l’exode rural. « De 1914 à 1946, 1 habitant sur 3, en France, a quitté la campagne et beaucoup de terres sont à l’abandon » précise Jean-Michel Besancenot. En 1948, le nombre de colons hollandais dépassait 220, dont 109 répartis dans les pays sénonais et gâtinais.

Une conjoncture positivement fortuite qui a donc permis à Gilles Quaak de s’installer dans la ferme des Grands Essarts à Bagneaux (près de Villeneuve-l’Archevêque) en 1924.

Les Néerlandais cultivent les terres « d’une manière scientifique, adaptant le genre de culture à la nature du sol, très méticuleux en matière d’engrais, bien pourvus de main-d’œuvre, faisant usage de tracteurs sur des superficies étendues » raconte Georges Lecarpentier, Avocat à la Cour d’appel de Paris, dans un article intitulé Les agriculteurs hollandais dans l’Yonne paru dans la revue Population en 1949.

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