Kevin Pala : portrait d’un deejay la nuit et soignant le jour

« Le mix, c’est venu comme une évidence »

Kevin Pala, 31 ans, est un teufeur dans l’âme depuis plus de 12 ans. Rapidement, il se passionne pour le mixage et fait ses débuts dans sa chambre. Dès 2010, il se lance en tant que deejay pour ambiancer les soirées, à commencer par le festival « LeZ’Arts Ô soleil ». Pour les soirées légales, sa préférence va évidemment vers les événements underground qui proposent un style de musique électro loin des sons commerciaux.

On aurait tendance à penser que les tables de mixage n’ont plus vraiment de secret pour lui après toutes ces années. Mais Kevin aborde cette activité avec humilité. Il dit se sentir « encore comme un nouveau-né » dans cet univers. Kevin connait aussi bien le numérique que le vinyle. Ce dernier demeure son matériel de prédilection. « Je mixe 100% vinyle » insiste-t-il. Il avoue avoir opté pour la difficulté mais c’est par pur plaisir. Le vinyle offre une toute autre émotion : « tu ne fais qu’un avec ton matériel, c’est toi, c’est ton corps » explique-t-il.

« A Sens, j’ai perdu foi en l’aspect électronique »

Kevin Pala a même essayé de faire découvrir la culture électro à Sens, en collaboration avec l’association Patchwork Mixture, très impliquée dans la vie culturelle de la ville. Une tentative qui s’est finalement soldée par un échec. « On s’est rendu compte que c’était compliqué de changer les mœurs ».

Pour lui ça restera « une très belle expérience » même s’il estime aussi que la municipalité ne s’est pas vraiment montrée coopérative, notamment à l’occasion de l’organisation d’un nouvel an par l’association Patchwork Mixture. « Au dernier moment, il y avait des choses qui n’allaient pas, la licence d’alcool n’allait pas, il fallait des videurs, etc. Côté législation, c’est très compliqué d’organiser des soirées en France ».

« C’est un milieu où il y a une réelle humanité »

Depuis une trentaine d’années, les raves ou free parties sont dans le collimateur des forces de l’ordre. Et pour cause, elles sont illégales. Un fait indéniable pour Kevin qui comprend l’accueil mitigé de ce type de manifestations par les habitants et les élus. Les organisateurs ne souhaitent pas être confrontés aux affres administratives. Et l’organisation d’un tel événement est très onéreuse.

Ces manifestations ont mauvaise réputation. Mais contrairement à ce que véhiculent les médias, c’est un milieu où règnent plutôt les notions fortes de solidarité et de générosité selon Kevin. Ce n’est pas non plus un lieu de débauche, pas plus que dans la « vie réelle ». Les organisateurs sont même très soucieux de sensibiliser les jeunes sur la consommation de drogues grâce à des stands dédiés à la prévention, sur lesquels Kevin intervient volontiers.

Pour lui, la drogue est de toutes façons « un problème de société ». Elle inonde de nombreux quartiers et touche diverses populations qui ne sont pas forcément des teufeurs. Le deejay dit même avoir eu l’occasion de constater des excès bien pires en matière de drogue et de sexe « dans des milieux assez guindés ».

« C’est une passion qui ne me rapporte rien si ce n’est un enrichissement humain »

Il est de mise également de briser un peu plus l’image du raveur toxico qui vit aux crochets de l’Etat. Kevin Pala travaille à son compte et se consacre aux personnes âgées à leur domicile. Pendant le confinement, il a œuvré jours et nuits et 7 jours sur 7, à l’instar des autres soignants. « C’était compliqué car les familles ne venaient plus voir les patients. Donc on a énormément travaillé pendant le Covid ». Finalement tout s’est très bien passé excepté la perte d’un patient décédé à l’âge de 90 ans, de mort naturelle.

Une carrière qu’il embrasse avec beaucoup plus de sérénité que son ancien métier d’ambulancier. Une passion qu’il a exercée pendant plus de cinq ans mais qu’il a souhaité délaisser il y a deux ans par « ras-le-bol ». Le plus difficile pour lui était d’être confronté aux enfants malades qu’il accompagnait chaque jour à l’hôpital Necker à Paris. Un aspect de la profession qu’il ne parvenait plus à gérer au quotidien.

Kevin Pala recommande chaudement le métier d’ambulancier aux jeunes. « C’est un très beau métier ». Néanmoins, il regrette le manque de considération du secteur, hormis celle des patients, très enrichissante. « C’était vraiment vecteur de positivité. C’était très stimulant jusqu’au moment où ça ne suffisait plus ».

« Je resterai un bon vivant, avec d’autres priorités »

Aujourd’hui, le temps fait son œuvre et adoucit le quotidien nocturne de Kevin Pala. Mais si cette maturité lui offre de nouvelles aspirations, elle n’entache en rien cette passion pour le deejing qui, selon lui, l’accompagnera toujours.

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