Des élèves du lycée de Sens ont consacré 4 courts-métrages à Catherine et Raymond Janot

Élèves et professeur de l’option « Cinéma » du lycée de Sens ne tarissent pas d’idées. Cette année, leur choix s’est porté sur la réalisation de quatre courts-métrage afin de rendre hommage à Catherine Janot. Interview de Vincent Moissenet.

Chaque année, la section « Cinéma » du lycée de Sens fait honneur au 7ème art grâce au talent des élèves et aux directives avisées de leur professeur Vincent Moissenet, qui enseigne le français et le cinéma depuis de nombreuses années, depuis 2019 au lycée. Selon lui, cette option constitue même « un bon petit tremplin pour accéder aux écoles spécialisées ».

Les élèves sont déjà à l’origine de plusieurs œuvres dont des témoignages dans la rubrique Tu ne seras plus jamais le même et des courts. On peut retenir notamment Alien suédé, un court de deux minutes réalisé en mode « suédage » dans le jargon cinématographique. Ce pastiche avait été réalisé par la classe de 2nde8 du lycée dans le cadre du festival du film suédé de l’Yonne 2019. Un travail supervisé par Mme Cobena, professeur de français.

Le suédage est un remake de film fabriqué de manière artisanale avec des matériaux de récupération, du bricolage et beaucoup d’imagination. Ce concept est né en 2008 avec le film Soyez sympas, rembobinez (en anglais, Be Kind Rewind) de Michel Gondry.

Toutes les cassettes VHS d’un vidéo-club sont malencontreusement effacées. Pour sauver la boutique de son patron Monsieur Fletcher, Mike et son ami Jerry décident d’utiliser les moyens du bord pour tourner des remakes de tous les films, dont GhostbustersRush hour 2Robocop2001 l’Odyssée de l’espaceCarrie ou encore Le Roi Lion.
Le terme « Suédé » provient d’une réplique du film (to swed). Le prix élevé des films serait dû au fait qu’ils viendraient de Suède.

« Je voulais qu’il y ait un aspect culturel important dans ce premier projet »

Passionné d’histoire, Vincent Moissenet souhaitait proposer un projet enrichissant au niveau du sens, du contenu et des possibilités d’écritures. Son choix s’est porté sur Catherine et Raymond Janot, très peu connue du grand public. Le professeur a même trouvé un soutien de taille en la personne de Joël Drogland, historien et enseignant retraité du lycée, à l’origine de son nom, d’ailleurs.

Vincent Moissenet est parvenu à attiser la curiosité des élèves, voire un certain engouement pour ce projet de reconstitution. Une tâche qui s’annonçait ardue en raison des difficultés de réalisation de ce type de fictions mais surtout à cause du contexte de crise sanitaire. Mais le confinement n’a pas entaillé la fibre créative de l’équipe cinématographique.

Tournage à Sens au restaurant Les mauvaises herbes avec Flora Waren et Gianni Colliere de la comédie La bombe. 

« Je ne m’attendais pas à découvrir un histoire aussi romanesque »

Le professeur connaissait l’histoire du nom de son lieu de travail, dans les grandes lignes. Mais les résultats des recherches menées pour les besoins des courts-métrages, auprès de la famille de Catherine Janot, parmi les archives, l’ont particulièrement étonné. Idem pour les jeunes apprentis-cinéastes dont la curiosité a été vivement piquée par le jeune âge des protagonistes à l’époque du récit et par leur parcours.

Raymond Janot était une figure politique importante qui avait contribué à la rédaction de la Constitution de la Vème République et qui a dirigé la RTF (Radiodiffusion-télévision française) au début des années 60. Mais la vie de Catherine Janot, née Catherine de Brunel de Serbonnes, est particulièrement passionnante notamment par son rôle majeur au sein de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale.

Catherine fit la connaissance de Raymond à Science Pô dont elle sortit major de sa promotion. Puis son mari fut mobilisé en 1939 puis prisonnier. La demeure de Catherine Janot, où elle vivait avec sa mère, fut réquisitionnée par les Allemands auxquels elle tint tête. Elle ne tolérait pas cette politique de collaboration, ni le racisme et l’antisémitisme. Son entrée dans la Résistance en décembre 1942 fut marquée par l’accueil d’un pilote canadien dont l’avion avait été abattu par la chasse allemande.

« Ce qui est intéressant, c’est d’offrir des possibilités de vraiment aboutir à leurs scénarios »

Divisés en quatre groupes, les réalisateurs en herbe ont dû s’organiser différemment, avec plus d’actions à domicile en amont, en attendant de pouvoir tourner les scènes en extérieur. Une fois autorisés à se réunir et après repérages, Vincent Moissenet et son équipe ont pu s’approprier des lieux qui ont conservé leur charme d’antan, dont le château de Serbonnes grâce à la commune. Les acteurs, sélectionnés par casting et dont certains sont issus de la section théâtre du lycée Davier de Joigny, ont allègrement redonné vie à l’histoire de l’héroïne. « Il y a eu une grande recherche artistique » précise le professeur.

Le projet, d’un budget initial d’environ 1.000 euros, a bénéficié de nombreux soutiens logistiques, prêts et dons de la part de leurs partenaires (associations, collectionneurs, etc.). La ville de Sens a entre autres ouvert les portes du CEREP et bloqué des rues pour le tournage. L’association Les Rosalies de Bourgogne, spécialisée en reconstitutions historiques a offert de son temps pour la confection des costumes, le prêt de décors et leur mise en place. Privée du 80ème anniversaire de la bataille des Alpes pendant l’épidémie de Covid-19, l’organisation s’est impliquée dans ce projet avec encore plus de plaisir.

Une sortie prévue fin août

L’objectif était donc de scénariser et filmer quatre œuvres de 6 à 12 minutes, dans différents genres, sur le thème de la Résistance française et de mettre en scène de la manière la plus proche de la réalité ces personnages historiques. Les courts-métrages sont encore en cours de montage et sortiront certainement à la fin du mois d’août ou à la rentrée sur la chaîne Youtube de la section cinéma du lycée. Vincent Moissenet envisage également une projection dédiée au grand public.

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