Considéré comme un héros de guerre, le général de Gaulle était-il un chef d’Etat légitime ?

La question se presse sur quelques lèvres alors que la France célèbre aujourd’hui le 50ème anniversaire de sa mort. La ville de Sens, quant à elle, a organisé une cérémonie au monument aux morts en comité restreint en raison des mesures sanitaires. Le public était donc exclu mais est-ce un mal si le devoir de mémoire nourrit aussi une amnésie générale ?

La France se mobilise au moins par la pensée en souvenir de l’auteur de l’appel du 18 juin 1940, fondement d’une mémoire collective reconnaissante à vie. La presse nationale a annoncé en grandes pompes le programme d’Emmanuel Macron destiné à rendre hommage à cette grande figure de la Seconde Guerre Mondiale, mais également un militaire hostile à la pluralité des partis politiques et au Parlement.

Rendons d’abord à César ce qui est à César

Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. […] Quoi qu’il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

De retour de visite à Londres le 16 juin 1940, Charles de Gaulle, apprend que Pétain a pris le pouvoir. Il refuse la capitulation, persuadé que la France peut ressortir victorieuse, et pour garder une certaine marche de manœuvre, il repart en Angleterre le 17 juin. C’est depuis les studios de la BBC qu’il lança un appel aux Français le 18 juin, suivi de nombreux autres, des discours historiques emplis d’espoir avec pour objectif d’inviter les Français à s’unir pour libérer la France.

Mais il ne s’arrête pas là. En 1943, il fonde le Comité français de libération nationale (CFLN). Le général de Gaulle marque ainsi l’histoire par sa détermination. Il est aujourd’hui considéré comme le chef de la « France libre », voire comme le fondateur de la Résistance française. Bien que sur ce point, les avis divergent. L’historien Olivier Wieviorka estime que bon nombre d’individus isolés n’avaient pas attendu l’appel du 18 juin pour créer les premiers réseaux avec de très faibles ressources.

1958 : coup d’état ou élections purement démocratiques ?

La fondation de la Ve République découle d’une double crise : en France avec une IVe République durablement instable, et en Algérie en proie à de nombreux soulèvements contre l’occupation française, colonialisme hérité de la monarchie absolue (1). Le gouvernement ne parvient pas à gérer cette crise. En 1958, le Président de la République, René Coty, décide de faire appel au général pour les sortir de ce marasme. C’est, du moins, l’histoire officielle.

Dans son ouvrage La guerre civile en France, 1958-1962. Du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS paru aux éditions La Fabrique en 2018, l’historien Grey Anderson, spécialiste de l’histoire politique et militaire de la France contemporaine, explique les raisons de la disparition des origines troubles de la Ve République de la mémoire collective.

L’expert démontre, au moyen de nombreux témoignages et archives inédits, comment « le retour au pouvoir de de Gaulle » a été « savamment orchestré par le cercle des fidèles », dont un particulièrement, le général Massu, leader de la prise de pouvoir des militaires à Alger le 13 mai 1958. Un Putsch suivi de près par l’investiture du général de Gaulle par le Parlement qui cède sous la menace d’une opération militaire permanente qui viserait Paris. Le général avait toutefois posé une condition à laquelle le peuple français n’a vu aucun inconvénient : une nouvelle constitution dite « monarchique » qui renforce très largement le pouvoir exécutif, quasiment jusqu’aux pleins pouvoirs si nécessaire.


(1) Suite à une altercation orale entre Pierre Deval, consul de France, et le Dey Hussein, sultan en 1827 au sujet d’une dette de 1794 que la France refusait d’honorer, Charles X s’était emparé d’Alger et de ses richesses.

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