Archives de l’Yonne : Un bel hommage aux soldats de la Grande Guerre dans son tout premier livre

Arnaud Fouanon et Céline Cros

Le service des Archives de l’Yonne publie son premier livre Bâtir le souvenir de la Grande Guerre dans l’Yonne (XXe-XXIes.) présentant différents aspects de la Grande Guerre. Cet ouvrage s’inscrit dans la lignée des travaux que l’institution réalise depuis de nombreuses années afin de rendre hommage aux poilus icaunais.

Le soir du 1er août 1914, le gouvernement décrète la mobilisation des troupes. Jusqu’au 1er janvier 1919, plus de 8 millions de Français rejoignent les rangs, dont près de 50.000 icaunais (sur une population approximative de 303.889 habitants selon les données de 1911).

Malgré sa victoire, la France accuse la perte de 1,3 millions de combattants. On recense aujourd’hui 10.337 soldats nés dans l’Yonne avec la mention « morts pour la France ». Mais il est difficile de définir le nombre total de décès avec exactitude expliquent Céline Cros, assistante principale de conservation du patrimoine, responsable des archives publiques déposées, et Arnaud Fouanon, assistant qualifié de conservation du Patrimoine, auteurs du livre Bâtir le souvenir de la Grande Guerre dans l’Yonne (XXe-XXIes.).

« On a des morts qui décèdent sur le champs de bataille. Mais il y a tous ceux qui vont mourir après, des suites soit de leurs blessures soit d’intoxication au gaz sur le champ de bataille, parfois 10 ou 15 ans plus tard » ajoute l’auteure.

Parmi eux, on compte les Sénonais Maurice Adenier, 31 ans et tué à son poste de combat, Emmanuel Adide, 23 ans, tué à l’ennemi. Lucien Bachelet, un homme de 46 ans né à Villeneuve-la-Guyard est décédé en 1917 des suites de maladie contractée en service. Ou encore le Villeneuvien Paul Louis Aury, 24 ans, est mort également au combat.

« C’est notre premier ouvrage mais ce n’est pas notre premier galop d’essai »

Les Archives de l’Yonne effectuent un travail titanesque sur le thème de la Première Guerre Mondiale depuis plusieurs années.

« C’est notre premier ouvrage, mais ce n’est pas notre premier galop d’essai concernant cette période » précise l’auteur Arnaud Fouanon. Déjà en 2014, une exposition intitulée Leur guerre, 1914-1918 avait eu lieu dans le cadre du centenaire.

Un évènement en partie rendu possible grâce à de nombreux dons de particuliers au moment de la grande collecte. « Beaucoup d’Icaunais, de familles, nous ont fait confiance et ont fait le choix de nous donner beaucoup de documents, des correspondances, des carnets de guerre », « une source très importante et très utile pour réaliser cette exposition ».

Le service avait également mis en place des parcours numériques via l’application Guidigo.

Ainsi ce livre, semi-interactif grâce aux QR Codes et conçu pendant plus d’un an par une équipe de 17 personnes dont Séverine Vidal, responsable de la reprographie, s’inscrit dans le prolongement d’actions passées honorifiques.

Lorsque débuta l’une des plus célèbres batailles de la Grande Guerre, à Verdun

L’ouvrage des Archives de l’Yonne dédie un volet entier à la bataille de Verdun sur la base de nombreux extraits de documents tels que des carnets de guerre. L’un d’eux a été rédigé par un infirmier-brancardier, Lucien Bernhard, récit le plus marquant pour Arnaud Fouanon. « Le 21 février 1916, où commence Verdun, il note dans son carnet qu’il est 7h15 ».

« Temps superbe, soleil assez ardent. Une violente canonnade commence à 7h15. Les ballons d’observations sont très bombardés. A 9 heures, je vais à la DSS, à Bévaux et en route, je rencontre les gens de Verdun qui s’enfuient. Verdun en effet est bombardé ; plusieurs obus arrivent pendant que je suis à Bévaux.
De Chevert nous assistons au bombardement de Verdun, qui continue toute la journée (de 10 en 10 minutes). Sur tout le front, c’est une canonnade interrompue et très violente ; jamais nous n’avons entendu un bombardement aussi violent et aussi long.
Nous attendons alors denombreux blessés, mais la nuit est calme, deux blessés seulement, dont une femme d’Eix. »

Le 21 février 2021 marquait ainsi le 105ème anniversaire du déclenchement de cette sinistre bataille.

Un besoin immédiat d’honorer la mémoire des soldats morts au combat

C’est l’un des axes développés par les Archives de l’Yonne pour la rédaction de ce premier ouvrage. Céline Cros indique que les Français « décident même de commémorer pendant le conflit. Les premières décisions autour de la commémoration, c’est 1915. Les communes vont commencer à réfléchir pour bâtir un lieu dans lequel on pourra se recueillir ».

De nombreux monuments aux morts furent construits dans toute la France alors que la guerre faisait encore rage. Dans l’Yonne, le premier d’une longue lignée fut érigé en décembre 1918 dans le Sénonais, à Villiers-Louis, et inauguré le 14 septembre 1919 en grandes pompes, en présence de Lucien Cornet, maire de la ville de Sens.

En 1919,  l’Etat offrait des subventions aux communes, établies en fonction du nombre de morts et de ses ressources.

Un autre volet du livre porte sur la Seconde Guerre Mondiale. « La Résistance a souhaité utiliser le « 11 novembre » pour défier l’occupant allemand » raconte Arnaud Fouanon. « Céline et moi avons eu la chance de recueillir le témoignage du fils d’un Résistant, qui était Résistant dans le Jovinien, à Joigny. C’est toujours avec une certaine émotion qu’on recueille le témoignage de personnes même si là c’était un acteur indirect. C’était quand même son fils ».

image_pdfTélécharger
%d blogueurs aiment cette page :