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Culture/histoire

Yonne : Le terrible hiver de janvier 1709

Publié le 12 février 2021

Qu’est-ce qu’un grand froid au 21ème siècle comparé à ceux du Petit Âge Glaciaire qui investit toute l’Europe pendant 500 ans, de 1350 à 1850. L’hiver 1708-1709 aura aussi particulièrement marqué les esprits, surtout en France, pays le plus touché.

Ce mini Âge de Glace se caractérise globalement par une avancée des glaciers et par des températures plus basses qu’aujourd’hui (1 à 1,5°C de moins). Mais l’hiver de 1709 fut l’un des plus froids de l’histoire de France. Le thermomètre trônait sous les -10°C et afficha jusqu’à -20°C à Paris le 20 janvier et -25°C en province.

Le "grand hyver" ou "tueur de moissons", ainsi le surnommait-on, n’épargna évidemment pas l’Yonne comme en témoignent de nombreux documents, tels que les anciens registres de catholicité ou encore le Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne. Cette année-là, les conséquences furent désastreuses.

Des récoltes anéanties sous l’effet des fortes gelées

A cette époque, les récoltes furent médiocres en raison des nombreuses gelées successives qui duraient plusieurs semaines, notamment du 6 au 24 janvier 1709, jusqu’à mi-mars. L’Etat Civil de Chigy rapporte qu’"il a fait une gelée si forte et si épouvantable que les pierres se sont cassées, les arbres fendus, les noyers gelés jusque dans les racines, et enfin, malheur plus grand, les blés quoique couverts de neige ont été gelés et perdus, les froments comme les seigles".

Devenues rares, les denrées telles que le blé virent leurs prix flamber (le boisseau de blé (0,03 tonnes) passant de 20 à 62 sous (de 19 à 59€ environ) ainsi que ceux d’autres denrées. La végétation avait cessé de croitre. La population fut ainsi rapidement soumise à la famine.

Le roi finit par prendre des mesures comme le recensement des stocks de céréales, l’interdiction de exportation du blé, et veille à freiner la spéculation. Toute désobéissance à ces règles était fermement punie.

Une véritable hécatombe : des millions de personnes périrent

Selon l’historien français Emmanuel Le Roy Ladurie, on compte 1.800.000 de décès entre 1709 et 1710, soit près de 8 % de la population de la France : 600.000 seraient mortes durant cet hiver et 600.000 autres de faim et à cause des épidémies (fièvres typhoïdes, rougeole, petite vérole, dysenteries) dont la prolifération fut favorisée par l’affaiblissement de l’organisme.

Selon National Geographic, "Même les plus aisés qui se pensaient à l’abri de la disette avec leurs stocks de nourriture et de boissons réalisèrent bientôt que le froid les rendait inutilisables".

De nombreux Icaunais comptèrent parmi les victimes de cet hiver mortifère, jusqu’à 7% de la population des villages comme à Sarry (50 kilomètres au sud d’Auxerre). A Chéroy, "il mourut de froid beaucoup de personnes et principalement les petits enfants, en ayant enterré vingt-deux dans cette paroisse pendant le mois de janvier". La ville de Migennes enterra 45 habitants et Lixy, 31.

« Pour les siècles à venir sur les pertes extrêmes que le fâcheux et redoutable hiver de l’an 1709 causa en cette province comme partout ailleurs, notamment en cette paroisse de Lixy. Il commença cet hiver terrible dès le mois de décembre 1708 sans rien altérer ni diminuer. Le froid fut si violent le 6 janvier 1709, et dura dix-sept à dix-huit jours sans relâche, qu’il alla jusqu’au dernier degré. Cette gelée causa la perte universelle des bleds, noiers touts morts, poiriers et autres arbres à noiaux morts. Beaucoup de pommiers périrent, entre autres les rainettes. Autre hiver survint vers le 22 febvrier de la mesme année, qui pendant neufs jours de gelée saiche acheva de perdre entièrement ce qu’on espérait du moins dans les froments, ainsi frustré de bled sans reçource. Le mercredi des rogations et le jeudy jour de l’Ascension, huict et neuf may, les brouillards qui furent suivis de soleil ardent, vers le midi de chacun des dits jours, consommèrent les fruicts que nos pommiers promettoient, tant ils estaient fleuris. Le mesme jour de l’Ascension, 9 may, une grêle terrible avec une pluie des plus foudroiante vers les huict heures du soir ravaga entièrement touttes nos vignes, arbres, prais et entrèna une plus grande partie des terres reen-semencées de menus grains. »

Note de l’abbé Prunier - Extrait du bulletin de la Société Archéologique de Sens (1912)

Comment un tel refroidissement de la Terre a-t-il pu survenir ?

Plusieurs théories ont été échauffaudées dont une éruption volcanique colossale, de 7 sur une échelle de 8. Les scientifiques avaient découvert des dépôts d’aérosols sulfatés important dans les carottes de glace dans les années 70, avec un pic vers l’an 1258.

Une enquête scientifique de grande ampleur, relancée par Franck Lavigne, finit par payer. Le géomorphologue révéla le nom du coupable en 2013 dans la revue scientifique PNAS : un supervolcan du nom de Samalas, situé sur l’île de Lombok en Indonésie.

Des scientifiques évoquent également quatre éruptions (Piton de la Fournaise, Santorin, mont Fuji et Vésuve) survenues entre 1707 et 1708. Elles auraient libéré une quantité de poussière et de cendre telle que la Terre aurait été privée des rayonnements du Soleil.

Souvent à l’origine d’importants changements climatiques, l’activité du soleil serait aussi mise en cause. Alors que l’Optimum médiéval (900-1300 ap. JC) fut marqué par des températures bien plus élevées qu’à l’heure actuelle selon le climatologue Tim Ball, le "grand hyver" serait dû à un phénomène contraire. Il s’agit du Minimum de Maunder, du nom de l’astronome anglais E. W. Maunder qui avait constaté une disparition quasi-totale des tâches solaires entre 1645 et 1715.

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