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Société

Véron : Jonathan Gobert, prince d’Anthophilia, défend ardemment les abeilles non sans un certain humour

Publié le 26 septembre 2021

Le nombre de micronations a explosé en à peine 20 ans. On en recense plus de 400 dans le monde contre une vingtaine au début du 20ème siècle. En France, on en dénombre aujourd’hui une vingtaine. Souvent fondées sur le ton de la plaisanterie, ces micronations se font souvent l’écho de préoccupations sociales et environnementales. C’est le cas de la principauté Anthophilia, du grec ánthos (fleur) et phílos (qui aime), créée le 4 août 2020 par Jonathan Gobert dont l’objectif principal est protéger les abeilles.

La principauté du Sealand, située au-delà de la limite des eaux territoriales du Royaume-Uni sur une plateforme pétrolière abandonnée doit être l’une des plus connues. L’anglais Paddy Roy Bates, autoproclamé Prince Roy, en avait pris possession en décembre 1966 pour y installer sa radio pirate Essex afin de diffuser à outrance du rock n’roll. Un pied de nez à la BBC, qui bénéficiait alors d’un monopole d’Etat et n’en diffusait encore que très peu dans ces années-là.

En France, le Saugeais a été fondée en 1947. A l’origine de cette micronation composée de 11 communes, une blague du propriétaire de l’hôtel de l’Abbaye, Georges Pourchet, qui avait demandé au préfet du Doubs son laisser-passer. Ce dernier le nomma alors Président de la République libre du Saugeais. Et de le prendre au mot, le patron s’est ainsi lui-même nommé.

Cette République libre, qui s’étend sur 128 km², est présidée par Georgette Bertin-Pourchet depuis 2006. Une cheffe d’Etat qu’Emmanuel Macron « n’a pas encore eu la courtoisie de rencontrer s’est même amusée la BBC dans un article du 12 mars 2020.

« Le but de la principauté, c’est de sensibiliser les gens à la protection des abeilles et tout ce qui est animal pollinisateur »

Qualifiée à plusieurs reprises de « délire » par Jonathan Gobert, une micronation serait « à 80% de pas sérieux et à 20% de sérieux ». « J’adorais le concept, le côté fun » précise le prince qui dit y penser depuis plusieurs années.

« Faire une micronation, c’est symboliquement se détacher de la France ». Tout a été établi dans les règles, depuis l’élaboration d’une constitution jusqu’à la formation d’un entourage institutionnel. Une véritable démocratie où des ministres votent des lois malléables à souhait par les 18 citoyens de sa principauté, dont 4 ou 5 apiculteurs étrangers. Seule l’une d’elle reste intouchable, lui garantissant le statut de prince à vie.

Mais surtout, au-delà de l’aspect quelque peu comique de cette initiative se dresse une volonté réelle de Jonathan Gobert de protéger les populations d’insectes pollinisateurs, notamment les abeilles.

Ce qui m’a définitivement lancé dans le projet, c’est quand ils ont réautorisé les néonicotinoïdes », les fameux insecticides tueurs d’abeilles, « alors que ça faisait des années qu’on se battait pour les supprimer ».

Les abeilles, garantes de l’évolution des plantes et des fleurs et de leur survie, et donc indispensables à la biodiversité, sont fortement menacées par les produits chimiques. Mais également par des maladies comme le Varroa, parasite qui s’attaque aux abeilles, ou encore la Loque américaine, très contagieuse, et qui, à défaut de traitement, obligent à détruire les ruches.

« Tu es le seul prince au monde qui dirige dix reines »

Le dirigeant d’une autre micronation s’est amusé de la situation par une boutade bien sentie. Jonathan Gobert est en effet apiculteur amateur depuis une dizaine d’années et possède dix ruches dont une à Véron, à raison d’une reine par ruche. Cette passion des abeilles se transmet d’ailleurs de génération en génération puisque son grand-père pratiquait déjà l’apiculture sur son temps libre.

Un statut amateur auquel il tient, par ailleurs, car devenir professionnel est très compliqué. De plus, les pratiques des apiculteurs professionnels, qu’il trouve parfois irrespectueuses envers l’animal, lui déplaisent. La négligence de certains d’entre eux qui possèdent des centaines de ruches, et dont la surveillance est très chronophage quand elle est bien faite, l’horripile. Le contrôle des 30 ruches familiales (son père en ayant environ 20) nécessite déjà un après-midi entier. Et surtout, le prince de ces reines préfère une production de miel totalement naturelle, dont les restes profitent aux abeilles l’hiver, sans qu’il soit obligé de les nourrir artificiellement.

« J’ai commencé par sensibiliser d’autres micronations qui avaient des territoires »

Le prince d’Anthophilia communique énormément avec les autres micronations. Il a même élaboré le Traité de Véron, ratifié par plusieurs d’entre elles, notamment la Principauté de Moscha, située sur le domaine du Moulin de Moxhe en Belgique, ou encore le Royaume de Fronecos, au nord de l’Isère.

L’un des termes à respecter est de s’engager à acheter du miel auprès des petits producteurs locaux. Le traité encourage également à l’installation d’hôtels à insectes. « Ça c’est très simple. Tout le monde peut en fabriquer ou en acheter un. Il faut le laisser dehors et souvent il y a des bourdons ou des abeilles sauvages, plein de petits insectes qui vont s’y installer. Souvent aussi des insectes pollinisateurs ».

Mais son action n’est pas confinée à des royaumes aux frontières imaginaires. Jonathan Gobert approche également les agriculteurs, toujours avec beaucoup de diplomatie, afin de trouver quelques arrangements, notamment sur les heures d’utilisation de pesticides et insecticides. « Essayez de mettre vos produits après 17h » leur explique-t-il, « parce que même s’il reste des abeilles sur les fleurs, il y en a beaucoup moins à partir de cette heure ».

« Avec d’autres micronations, qui sont devenues des amies, on a créé ce qui s’appelle l’« Organisation du Savoir Micronational » »

Hormis la défense des abeilles, le prince Jonathan 1er réfléchit à plusieurs projets liés à d’autres domaines, dont la mise en place était jusque-là impossible en raison des diverses mesures restrictives pendant la crise sanitaire.

Une « Organisation du Savoir Micronational » est en cours de construction. Il participera à l’organisation du bal d’Aigues-Mortes l’année prochaine. Les microdirigeants ont également en vue la création d’une bibliothèque nationale où seront sauvegardés tous les documents des micronations tels que leur constitution, leurs timbres, etc.

Avec son 1er Ministre, un professionnel de santé, Jonathan Gobert prévoit également de lancer une sorte d’« opération pièces jaunes ». L’argent récolté sera reversé aux micronations qui abritent des enfants atteints de maladies orphelines.

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