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Société

Stop au projet Panhard : vue l’importance des enjeux, ses détracteurs réclament un référendum local

Publié le 21 avril 2021

La lutte continuait ce samedi 17 avril pour les détracteurs du projet, par un rassemblement de près de 300 personnes au rond-point des Droits de l’Homme, route de Saligny. Une mobilisation particulièrement forte de syndicats, associations, agriculteurs et citoyens qui exigent que ce projet soit placé entre les mains des Sénonais par le biais d’un référendum.

Le projet de construction d’un parc logistique par le groupe Panhard fait régulièrement l’objet de discussions houleuses, notamment lors du Conseil municipal du 23 novembre 2020 entre la maire de Sens Marie-Louise Fort et le représentant de Sens Ecologie Mathieu Bittoun.

Aujourd’hui, le nom de l’entreprise qui occupera les deux bâtiments de plus de 150.000 mètres carrés demeure absolument confidentiel. Ce qui est certain, c’est que ce projet sénonais s’inscrit dans un chantier déshumanisé beaucoup plus vaste. Depuis quelques temps, les géants du e-commerce sont engagés dans une bataille enragée pour éradiquer la concurrence, histoire de répondre toujours plus aux exigences des consommateurs, surtout en réduisant les délais de livraison.

Avec la promesse de création de centaines d’emplois, les villes se mettent en quatre pour les accueillir, jusqu’à modifier leur PLU, devenant ainsi des armes massives destinées à doper la croissance des entreprises de vente en ligne. Ainsi, à l’instar des Etats-Unis, la France modifie de plus en plus son paysage avec la construction d’entrepôts qui s’étalent sur des kilomètres de terrains cédés par les communes.


Lire aussi : https://gazettesenonais.fr/un-geant-du-e-commerce-va-t-il-sinstaller-a-sens/


Le e-commerce menace-t-il le commerce local ?

Les opposants au projet Panhard considèrent que le e-commerce menace le commerce local (2,5 emplois détruits dans les commerces de proximité). Alors que ses défenseurs n’hésitent pas vanter les mérites d’une terre promise en termes d’emplois (création de 2.500 postes). Dans un rapport de décembre 2020, les économistes Florence Mouradian et Ano Kuhanathan affirment que le recours croissant au e-commerce engendre la destruction de 2 emplois dans une société de taille modeste pour 1 emploi créé dans une grande entreprise de plus de 250 salariés. Une perspective alarmante, surtout au niveau local.

Pour les pro-Panhard, la part de marché du commerce en ligne ne dépasserait pas les 10%. Même si le e-commerce n’est pas amené à remplacer le commerce physique, dont la dimension humaine reste indispensable, il serait plus juste de considérer que sa part de marché est déjà de 9,8% ; d’ailleurs, ce chiffre est erroné puisqu’il a augmenté de près de 4 points depuis le début de la crise sanitaire, passant à 13,4% fin 2020. Et son rythme de croissance ne faiblit pas.

Il ne faut pas perdre de vue que le commerce en ligne n’est présent que depuis environ une quinzaine d’années, un stade embryonnaire amené à se développer, a fortiori. D’autant qu’il présente de nombreux avantages pour le consommateur : accès 24 heures sur 24, facilité de recherche, etc. La FEVAD (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) estime que "nous ne sommes qu’au tout début de cette révolution qui va continuer de bouleverser le monde pour le siècle à venir" sous forme de commerce connecté, avec le choix d’acheter en ligne ou en magasin.

Un projet qui révolte les agriculteurs

En dépit d’une chute du nombre d’exploitations agricoles depuis les années 80, l’agriculture demeure un moyen de subsistance fondamental depuis la Révolution néolithique survenue il y a environ 8.000 ans. Un membre de la Confédération Paysanne, explique qu’on pourrait installer sur ces 40 hectares une vingtaine de maraichers à raison de 2 hectares par maraicher, pour vivre et alimenter une centaine de familles. L’agriculteur évoque un exemple plus concret de culture biologique de ces terres qui pourraient produire 160 tonnes de blé soit 800.000 baguettes de pain à l’année, 70 tonnes de lentilles ou encore 600 tonnes de pommes.

La surface agricole poursuit donc sa décrue, notamment en raison de l’artificialisation des sols, au même titre que les espaces naturels et forestiers. Et si certains aspects de l’agriculture font débat, cette urbanisation extrême, qui augmente quasiment quatre fois plus vite que la population, est encore plus problématique, notamment en raison de l’imperméabilisation totale des terres et de son impact sur la biodiversité.

Sur ce dernier point, le projet Panhard semble narguer les dernières initiatives visant à la protéger. Selon le dernier rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), un million d’espèces sont menacées d’extinction. Autrement dit, pendant que le gouvernement fait la promotion de son “zéro artificialisation nette”, les entreprises bétonnent à outrance avec la complicité des collectivités, sans projet compensatoire. Mais comme le dit le proverbe, il n’y a pas de petit profit.

Le trafic routier risque fort de prendre de l’ampleur

Outre le désordre environnemental, agricole et le gâchis esthétique qu’un tel projet peut générer, les manifestants ont exprimé leur inquiétude envers un dense trafic routier en termes de bruit et de pollution. Au niveau national, ce dernier doit satisfaire près de 42 millions de cyberacheteurs selon l’Observatoire des Usages Internet de Médiamétrie (pour plus d’un milliard de colis livrés chaque année). En Bourgogne Franche-Comté, 72% de la population achètent en ligne.

La FEVAD communique sur des innovations pro-écologiques dans le domaine des livraisons. Mais pour le moment, la réalité de l’impact environnemental du e-commerce reste laborieuse. Globalement, "le développement du commerce en ligne contribue à accroître l’empreinte carbone de la France" selon un rapport établi en février 2021 par France Stratégie, le conseil général de l’environnement et du développement durable et l’inspection générale des finances.

La mission "appelle à la prudence quant aux bilans très positifs présentés par les acteurs du commerce en ligne". L’allongement des distances parcourues, une majorité de produits livrés à domicile (85%), une fréquence d’achats en ligne en constante augmentation, une hausse du transport routier qui émet des particules fines et du CO2 en ville et la réduction des délais de livraison : des arguments mis en exergue par la mission qui rendent compte de l’impact négatif du commerce en ligne sur l’environnement. 

Sur les nuisances provoquées par les flux routiers au niveau local, l’une des manifestantes, d’origine sénonaise et résidant à Boston, témoigne :

"A Boston, on voit davantage de camions Amazon que de bus des transports publics. C’est tout le temps, y compris le dimanche. Sous mes fenêtres, il y a un ballet de camions. Devant les portes, partout, ce sont des colis, des colis et encore des colis. Et les poubelles sont pleines à raz bord d’emballages de cartons, de plastique, de tout ce que vous voulez. Donc on sait déjà ce que ça va produire. On a déjà une expérimentation à ciel ouvert. Donc ce ne sont pas des élucubrations ce que disent les gens. C’est ce qui se passe déjà."

Un lancer de graines symbolique

La manifestation s’est soldée par un lancer de graines sur les terres destinées au projet Panhard en signe de contestation.

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