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Culture/histoire

Sens v/s Auxerre : la guerre des chefs-lieux en 1789

Publié le 7 février 2021

Des portions de la Bourgogne, de la Champagne, du Nivernais, du Gâtinais et de l’Ile de France sont réunies, par décret de l’Assemblée nationale du 27 janvier 1790, sous la dénomination de département de l’Yonne. La ville d’Auxerre est ensuite choisie pour en être le chef-lieu, au terme une longue bataille contre la cité de Brennus qui se voit déchue, une nouvelle et dernière fois, d’un titre honorifique.

La nécessité d’endiguer un chaos administratif et politique

Sous l’Ancien Régime, les divisions territoriales, judiciaires, fiscales, ecclésiastiques et douanières du royaume de France sont beaucoup trop nombreuses, inégales et surtout, se chevauchent, donnant lieu à une véritable confusion. Il est donc impossible de confier leur administration à des représentants du peuple élus, comme le rappelle Charles Porée, archiviste de la Lozère et de l’Yonne dans le bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne de 1909.

En 1754, René Louis d’Argenson, ancien ministre des Affaires Etrangères de Louis XV, suggère une refonte de l’organisation territoriale. Mais sa requête reste sans suite. Il faut attendre 35 ans pour que naisse une vraie volonté commune de décentralisation.

Le 7 septembre 1789, l’abbé Sieyès, député du Tiers état de Paris aux États généraux, propose la réorganisation administrative du royaume. A la fin du mois, l’avocat Jacques Thouret, rapporteur du Comité de constitution en charge de cette réflexion, soumet un projet de découpage, "nécessaire politiquement", en 80 départements carrés de 18 lieues sur 18 chacun (environ 7.400 km²). A l’exception de Paris, un 81ème département traité à part.

Le 11 novembre 1789, l’Assemblée approuve le principe du découpage de Thouret mais craint que son aspect géométrique ne tienne pas compte des réalités territoriales. D’ailleurs, Mirabeau s’y oppose formellement, exigeant que soient respectées les limites des anciennes provinces.

Un comité composé de 4 députés, Dupont de Nemours, Bureaux de Pusy, Aubry-Dubochet et Gossuin et un expert, Cassini, est donc missionné pour retravailler ce projet. Finalement, 83 départements sont créés par décret du 22 décembre 1789. Leur délimitation est fixée par les décrets des 15 janvier et 26 février 1790. Cette nouvelle organisation est enfin ratifiée par des "Lettres patentes du Roi" Louis XVI, le 4 mars 1790.

L’affrontement de Sens et Auxerre

Le comité à peine formé en novembre 1789, les communes de toute la france lui transmettent soit des réclamations sur le choix de leur rattachement à un département, district ou canton, soit sur leur volonté de devenir une administration importante, espérant un accroissement de leur prospérité. Pour l’Yonne, certaines communes, telles que Saint-Fargeau, Villeneuve-le-Roi ou encore Villeneuve-l’Archevêque, aspirent à devenir chef-lieu de district. Plus de 400 villes, plus ambitieuses, telles que Joigny, Avallon, Sens et Auxerre, convoitent le statut de chef-lieu du département.

Les villes de Sens et Auxerre s’empressent de fournir toutes les pièces nécessaires à leur demande, en novembre. Les deux villes s’engagent alors dans une lutte acharnée pour être remarquée dans les hautes sphères.

Auxerre, ville d’environ 12.000 habitants, population la plus importante entre Paris et Dijon, est le siège d’un évêché et d’un bailliage et présidial. Sa situation topographique avantageuse et son importance commerciale font d’elle une sérieuse concurrente. Bien décidée à l’emporter sur Sens, la municipalité adresse un mémoire aux députés du baillage pour défendre ses projets d’extension de sa zone d’influence dès le 17 novembre 1789.

Par ailleurs, la ville d’Auxerre voit d’un mauvais œil que Sens prévoit de la rattacher à son département et s’échine, peut-être, à lui faire payer son impudence.

La ville de Sens est une compétitrice de taille par son rôle à travers l’histoire. Autrefois épicentre du territoire des grands guerriers sénons, capitale de la province de la Civitas Senonum sous l’Empire Romain, grand archevêché, la ville de Sens disposait en effet de bien plus d’arguments qu’Auxerre pour devenir Chef-lieu. De plus, la cité n’a toujours pas digéré le démembrement de son baillage et la transformation de l’évêché de Paris en archevêché en 1622. Elle est d’autant plus motivée.

Selon le politologue Léo Hamon, Sens prévoit à cette époque d’étendre son département à Provins et Montereau au nord, Villemaur à l’est, Montargis et Châtillon-sur-Loing à l’ouest et Joigny au sud, "pour former un superbe département agricole, vrai grenier à blé, avec comme atout majeur le double axe commercial de l’Yonne et de la grande route de Paris à Lyon".

Vue sa grandeur passée, Sens pensait que l’affaire était acquise. Mais c’était sans compter sur quelques déconvenues comme la demande de Villeneuve-l’Archevêque d’être détachée de Sens pour rejoindre Troyes qui lui promettait un district. Provins militait pour sa paroisse. Montereau avait les mêmes prétentions, ainsi que Montargis qui refusait de dépendre de Sens.

Pendant des semaines, le Comité remanie la carte de manière à pouvoir satisfaire les Sénonais, en vain. Le Marquis de Chambonas, maire de la ville, et les députés extraordinaires de Sens se présentent devant le Comité le 29 décembre, sans résultat. "La région de Sens était trop peu étendue pour former la circonsription d’un département". Privée de tout espoir, la ville demande à être rattachée à Auxerre. Le 15 janvier 1790, Sens est nommée discrict du département de l’Yonne.

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