Papier toilette à l’école : le coup de gueule d’une mère

Publié le 22 novembre 2021

Il est bien loin le temps où les gens balançaient le contenu de leur pot de chambre par la fenêtre. La question de l’hygiène et du traitement des excréments a fait son chemin en plus de deux siècles dans les foyers puis dans les établissements scolaires, s’accordant aux mœurs et au progrès technique.

Néanmoins, l’hygiène des toilettes des écoles françaises laisse encore souvent à désirer et demeure même un sujet tabou selon une grande étude menée dans toute la France en 2018 par l’IFOP, à la demande de la société experte en hygiène Essity et en partenariat avec la PEEP, fédération des parents d’élèves de l’enseignement public. Enquête qui avait révélé que 68% des enfants disent avoir une stratégie pour éviter d’aller aux toilettes à l’école.

Les sanitaires en milieu scolaire sont un enjeu majeur de santé publique abordé depuis de nombreuses années par les plus braves. Encore en mars 2018, le CESE (Conseil économique, social et environnemental), s’était auto-saisi de la question de la santé des élèves. Sofia et Iannis, jeunes ambassadeurs de l’Unicef, avaient attiré son attention en assemblée plénière sur les problèmes d’hygiène dans les toilettes scolaires.

Un distributeur unique, la goutte qui fait déborder le vase

Les écoliers sénonais ne sont pas forcément les plus mal lotis, du moins dans l’école Charles Michels qui met bien du savon et du papier hygiénique à disposition de ses élèves. Des travaux ont même été effectués il y a environ six ans. Cependant aucun dérouleur n’avait été réinstallé sur les parois. Les responsables avaient finalement opté pour un distributeur collectif en dehors des cabines.

Catherine, mère d’une élève de l’école élémentaire, s’en est indignée sur les réseaux sociaux. Cette déléguée de parents d’élèves dit avoir exigé lors de la dernière réunion que soit placé du papier dans chaque cabine de toilette au retour des vacances. Elle déplore que la mairie n’ait donné aucune suite à sa requête.

« Nous avons aussi demandé des petites poubelles, car nous avons des jeunes filles déjà réglées, vous imaginez L’HUMILIATION de se promener avec sa protection hygiénique sale devant ses camarades !!! » a ajouté la déléguée de parents qui n’a pas non plus eu de retour à ce sujet.

Pourquoi un tel dispositif ?

N’y voyons pas une volonté d’apprentissage de la notion du partage, une évaluation des capacités d’anticipation des élèves ou encore un test de leur aptitude à gérer des stocks. Ce serait tout bonnement parce que les enfants jouent avec le papier toilette.

Un phénomène assez répandu et qui pousse parfois les écoles à opter pour le distributeur unique à l’extérieur. Mais cette solution n’empêche pas les incidents. L’école Charles Michels a dû condamner ses toilettes il y a un ou deux ans selon un de ces élèves. Elles avaient été sinistrées par un des écoliers qui manque indéniablement de savoir-faire en matière de caca et peut-être en difficulté par manque de papier. Certains élèves s’étaient même amusés à imaginer une véritable scène de crime à cause des rubans qui barricadaient les lieux.

Une enquête sur l’amélioration de l’hygiène en milieu scolaire en partie pilotée par l’ARS et réalisée en octobre 2010, affirme aussi que « quant à la malveillance de certains qui bouchent volontairement les toilettes avec du papier toilette, rien ne garantit que le papier situé à l’intérieur des cabinets aggrave véritablement un problème qui est d’ordre éducatif ».

Un problème pour les enfants, voire une expérience humiliante

Quoi qu’il en soit, aussi anodine que puisse paraitre cette problématique, le papier hygiénique collectif hors des cabinets peut générer de nombreux problèmes.

« Les paroles de ma fille, m’ont interpellées : « mais maman tu te rends compte si on n’a pas pris assez car on voulait faire pipi mais qu’on a fait plus ?! » Voilà comment humilier des enfants dès leur plus jeune âge !! » lance Catherine dans son message d’alerte.

Déjà confrontés à l’obligation d’aller aux toilettes pendant les intercours, sous peine d’être sanctionnés par des points en moins ou par une croix dans un tableau du comportement, les écoliers doivent aussi relever un défi, parfois de taille : se fournir suffisamment en papier avant de s’installer sur le trône. Après tout, personne n’est à l’abri d’une grosse commission impromptue. Un drame soudain pour l’enfant démuni de papier.

Et toujours selon cette enquête de 2010, une telle installation peut aussi conduire « à prendre des initiatives parfois malheureuses : par exemple poser leur réserve de papier sur le sol en attendant de l’utiliser », pour les plus prévoyants.

Les toilettes à l’école, les oubliées du législatif

La crise sanitaire a sérieusement mis en lumière les problèmes d’hygiène, d’insalubrité des toilettes dans les écoles alors que de nombreuses études sont menées depuis plusieurs années. Mais les pouvoirs publics peinent encore à légiférer sur la question et à octroyer les moyens nécessaires pour y remédier.

Les collectivités locales n’ont pas de cadre légal qui impose des normes spécifiques en termes d’équipements. Elles se réfèrent essentiellement au Code du travail, qui ne s’applique normalement pas aux élèves, ou encore au « règlement sanitaire départemental type, relatives aux locaux affectés à l’hébergement collectif » comme le souligne un rapport de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement rédigé en 2007.

L’institution rappelait aussi que le guide « Construire des écoles : guide de programmation fonctionnelle et données techniques », établi en 1989 par le Ministère de l’éducation nationale et le Centre de conseils techniques aux collectivités territoriales (CCTCT) offre de nombreuses recommandations. Le document préconise, entre autres, de prévoir « une patère et un distributeur de papier hygiénique » pour chaque cabine.

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