Politique

Arrêt des vidéos en direct des Conseils municipaux : la grogne de Sens Ecologie et Solidarité

Mathieu Bittoun, conseiller municipal et représentant du collectif Sens Ecologie et Solidarité, à la rencontre des Sénonais pour la signature de la pétition

Publié le 18 novembre 2021

L’opposition continue de réclamer la remise en route de la diffusion des Conseils municipaux sur la plateforme Youtube de la ville de Sens. La mairie avait mis en place ce procédé pendant la crise sanitaire, notamment pendant les confinements, puis a cessé toute diffusion après le Conseil municipal du 28 juin 2021. Sens Ecologie Solidarité a lancé une pétition pour demander leur retour.

La diffusion en direct des Conseils municipaux sur Youtube avait été décidée par la mairie dans le cadre de la crise sanitaire, notamment lors des confinements, afin que les débats soient rendus publiques. Loin d’être obligée de rendre pérenne ce dispositif, la majorité n’a pas souhaité renouveler l’expérience pour celui du 11 octobre 2021, au grand damne de Sens Ecologie et Solidarité.

Dans un courrier en réponse aux sollicitations du collectif, la mairie de Sens justifie cette décision par la mobilisation de quatre agents et de nombreuses heures supplémentaires nécessaires à l’installation du dispositif, sa gestion et l’entretien du matériel après chaque séance. Sur le coût réel de l’opération qui pourrait intéresser les administrés, aucune information n’est fournie.

Le collectif a donc appelé la population à soutenir sa demande de retour de la diffusion vidéo des Conseils municipaux et d’agglomération. Une pétition a été lancée début novembre, en ligne sur le site opinions.org et au format papier.

Sur le terrain, hormis les plus blasés et les partisans de la majorité, la population est plutôt réceptive à cette campagne de sensibilisation selon Mathieu Bittoun. « Le ressenti que j’ai c’est que les gens se sentent plutôt concernés ». Pour le moment, dans les 200 signatures ont été récoltées. Le collectif compte laisser la pétition suffisamment longtemps, de manière à ce que les gens aient le temps de réagir à leur rythme.

Ce dispositif est-il vraiment impopulaire ?

Selon Mathieu Bittoun, peu de gens se déplacent généralement, pas plus de 4 à 5 personnes. Ce phénomène semble d’ailleurs suivre la tendance des élections municipales qui enregistre un fort taux d’abstention. Celles de 2020 ont battu des records avec 66,46% d’abstention en moyenne sur les deux tours, contre 48,3% en moyenne en 2014. Autrement dit, seulement 2.483 Sénonais (soit 15,61% des inscrits) avaient renouvelé leur confiance en l’équipe en place.

Le collectif Sens Ecologie et Solidarité estime que la diffusion des Conseils municipaux ne peut que ramener les citoyens au cœur de la vie politique locale. La maire de Sens, Marie-Louise Fort, quant à elle, juge que ce « moyen de communication n’est, pour l’heure, pas adapté aux besoins de la majorité de la population » vu le faible taux d’audience enregistré pendant les séances filmées.

On observe effectivement une chute du nombre de vues, de 3.000 sur deux séances en juillet 2020, de plus de 600 en mars 2021, et de 385 en juin 2021. Mais s’agit-il réellement d’un manque d’intérêt pour la retransmission en direct ?

D’une part, la mairie se contente d’une publicité minimum légale. Sur les réseaux sociaux, elle n’est présente que sur le groupe Facebook « Actu Sens », géré par le conseiller délégué chargé de la jeunesse et de la communication digitale, Jimmy Bonnabeau. Et seuls les Conseils municipaux filmés de 2020 y ont été annoncés.

D’autre part, le taux d’audience sur Youtube demeure, malgré tout, au moins 50 fois supérieur au présentiel. Beaucoup d’habitants n’assistent pas au Conseil municipal par manque de temps, pris par le travail, leur famille ou par la fatigue. La retransmission en direct, ainsi que le possible visionnage ultérieur de ces vidéos, leur offrent bel et bien l’opportunité de se tenir informés des affaires de la ville.

Un outil de la démocratie représentative possiblement obsolète

Pour les volontairement absents, en ligne ou en présentiel, là encore s’agit-il plus d’un désintérêt pour la politique que d’un signe de contestation, de la même manière qu’ils boudent les urnes ? En réalité, la frontière est mince. Il conviendrait peut-être d’avoir plutôt une vision globale et de se demander si ce n’est pas le fonctionnement du Conseil municipal lui-même qui pose problème.

Souvent considéré comme une simple chambre d’enregistrement, le Conseil municipal apparait comme opaque à des gens qui semblent souffrir d’une absence de débat et d’écoute. La population n’a en effet rien perdu de sa verve et de son implication politique et sociale vue l’abondance des opinions sur la toile, notamment sur les réseaux sociaux.

Ces supports de communication sont même devenus les lieux de prédilection d’expression libre des Français qui possèdent à 95,7% un téléphone portable ; 82,8% ont un micro-ordinateur (y compris les portables) et 85,6% ont une connexion internet selon une enquête de l’INSEE parue le 23 février 2021. La population sénonaise ne fait pas exception.

Mais elle se voit bâillonnée au sein de cette démocratie représentative. Si les citoyens sont autorisés à assister aux Conseils municipaux comme le stipule le Code général des collectivités territoriales, ils n’y ont pas de droit de parole. Idem pour les vidéos sur Youtube où les commentaires sont désactivés. Ainsi, le manque d’outils participatifs, auquel s’ajoute une perte de confiance des citoyens en la politique et ses élus, génère sans doute une forte frustration, voire un dégoût de la politique au niveau local, comme au national.

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